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Changement climatique
et migration

Mobilité humaine liée
au changement climatique

Les personnes qui souffrent des impacts du changement climatique décident souvent de quitter leur domicile ou sont déplacées contre leur volonté. La migration peut constituer une stratégie d’adaptation face aux événements météorologiques extrêmes et aux impacts progressifs du changement climatique, car elle permet de se rendre dans des lieux plus sûrs ou de diversifier ses moyens de subsistance. La mobilité humaine liée au changement climatique couvre les migrations, les déplacements et les réinstallations planifiées.

La circulation des personnes fait depuis toujours partie de l’organisation sociale et de l’expérience de nombreuses communautés du monde. Généralement, les populations se déplacent pour différentes raisons et il existe différents modes et différentes catégories de mobilité humaine. Les conflits, les persécutions et les catastrophes (naturelles, liées au climat ou induites par le développement) ont toujours été des causes majeures de déplacement et de migration, mais certaines personnes se déplacent également en tant que travailleurs migrants ou en réponse à l’évolution des conditions environnementales. Le phénomène de la migration et du déplacement est donc complexe et motivé par de nombreux facteurs interconnectés. Le cinquième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) confirme que le changement climatique aura un impact significatif sur la mobilité humaine. De plus en plus intenses et fréquents, les événements météorologiques extrêmes tels que les tempêtes, les inondations, les sécheresses et les vagues de chaleur, ainsi que les phénomènes à évolution lente comme l’élévation du niveau des mers et la hausse des températures, ont tous des effets à long terme sur la santé, la sécurité et la situation économique des populations affectées.

La relation entre changement climatique et mobilité humaine est complexe. Face à l’évolution progressive du climat, certaines personnes choisissent la migration comme moyen d’adaptation. Les événements météorologiques extrêmes peuvent forcer certaines populations à se déplacer au sein de leur propre pays ou au-delà des frontières, tandis que d’autres personnes qui ressentent le besoin et le désir de migrer mais n’en ont pas la possibilité se retrouvent « piégées » dans des zones vulnérables. La mobilité humaine induite par le climat est une expression générale qui fait référence à tous les aspects de la circulation des personnes dus à des événements liés au changement climatique, qu’ils soient soudains ou qu’ils se manifestent lentement. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) fait la distinction entre trois types de mobilité humaine induite par le climat : migration, déplacement et réinstallation planifiée.

Mobilité humaine induite par le climat

Migration

Déplacement

Réinstallation planifiée

Les personnes migrent lorsqu’elles disposent des ressources et des capacités nécessaires pour le faire. Il s’agit généralement d’une décision plus ou moins volontaire prise par un individu ou par une famille. La migration induite par le climat est généralement interne, c’est-à-dire à l’intérieur du pays. Même lorsque des événements extrêmes ou des changements climatiques à évolution lente provoquent une migration transfrontalière, la plupart des personnes concernées migrent au sein de la même région.

Il s’agit souvent d’un processus en vertu duquel des personnes sont obligées de quitter leur lieu de résidence habituel en réaction à des événements météorologiques extrêmes tels que des sécheresses, des inondations ou des cyclones. Le phénomène se produit généralement à l’échelle de communautés plutôt que de foyers individuels. Même si elle est principalement interne, la migration peut également être transfrontalière. Elle est temporaire ou permanente.

La réinstallation planifiée est un processus organisé, qui est généralement initié, supervisé et réalisé par un gouvernement. Elle se fait en réponse au risque que les communautés affectées perdent leurs habitations en raison des impacts négatifs du changement climatique. La réinstallation planifiée doit toujours être considérée comme un dernier recours et doit, pour réussir, être organisée avec l’implication étroite des communautés affectées et des communautés hôtes.

Même si l’ampleur exacte des impacts du changement climatique sur la migration continue à faire débat, tout le monde s’accorde pour dire que le changement climatique a déjà eu (et continuera certainement à avoir) des effets négatifs sur les conditions socio-économiques et qu’il nuit donc à la capacité des individus et des sociétés à gérer ou à s’adapter aux risques du changement climatique. Lorsque les moyens de subsistance sont compromis, la résilience diminue, avec des impacts négatifs sur la sécurité alimentaire, hydrique et économique : les prévisions montrent qu’un nombre croissant de personnes risquent d’être déplacées ou de décider de migrer ou de déménager dans un avenir proche en réaction à ce problème. La rivalité potentielle autour de ressources limitées dans les régions de destination des migrants et des personnes déplacées pourrait accroître les risques de conflit violent, avec des implications pour la sécurité humaine. 

Quels éléments influencent une décision de mobilité humaine ?

Les facteurs qui influencent la décision de migration sont complexes et le changement climatique a un impact sur de multiples ressorts de la migration à différents niveaux. Les impacts liés au changement climatique, tels que l’élévation du niveau des mers, la modification des régimes pluviométriques et la hausse des températures, se conjuguent à des contraintes existantes (problèmes socio-économiques, politiques, démographiques et environnementaux), ce qui ne fait qu’exacerber les vulnérabilités et les pressions. D’autres facilitateurs et d’autres obstacles (cadres politiques et juridiques ou réseaux sociaux au niveau méso), ainsi que certaines caractéristiques des individus ou des foyers telles que l’âge, l’éducation et les préférences, peuvent également influencer la décision de déplacement au niveau micro. (voir figure ci-dessous.)

Diagramme personnel basé sur le rapport Foresight 2011, p. 21

Outre leur interaction avec les vulnérabilités et les facteurs existants, les impacts du changement climatique peuvent également avoir une influence cruciale sur la circulation des personnes. L’élévation du niveau des mers rend les zones côtières de faible altitude inhabitables et peut entraîner une perte de territoire, ce qui rend le déplacement inévitable. En cas de déplacement induit par une catastrophe, le principal déclencheur du mouvement est souvent associé à une catastrophe spécifique comme un ouragan.

Le changement climatique peut être un catalyseur de la mobilité humaine, mais il peut aussi l’empêcher en sapant les moyens de subsistance. De nombreuses personnes, particulièrement celles qui sont déjà vulnérables en raison de facteurs économiques, politiques ou démographiques existants, se retrouvent dans l’incapacité de migrer pour des motifs tels que l’insuffisance de moyens financiers, l’absence de réseau d’appui, l’exclusion sociale, les droits politiques limités, le conflit ou l’isolement géographique. Ces « populations piégées » deviennent de plus en plus vulnérables car les dommages liés au changement climatique continuent à fragiliser leurs moyens de subsistance.

Prévisions : est-il possible de prédire le nombre de personnes qui migreront à l’avenir ?

Même si le lien entre mobilité humaine et changement climatique est clairement établi, il est difficile de faire des estimations fiables. Les projections d’avenir varient fortement en raison de la complexité et des causes multiples de la mobilité humaine ainsi que des incertitudes qui entourent l’ampleur des futurs impacts du changement climatique. Tous les acteurs s’entendent toutefois pour dire que le nombre de personnes qui se déplacent risque d’augmenter dans les décennies à venir.

La majeure partie de la mobilité humaine induite par le climat est jusqu’à présent restée confinée aux frontières nationales et il est probable que cela perdurera à l’avenir. Le rapport Groundswell prévoit qu’en l’absence d’actions mondiales et nationales ambitieuses pour réduire les gaz à effet de serre et atténuer les effets du changement climatique, l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Amérique latine pourraient être confrontées à la migration de plus de 140 millions de personnes au sein des frontières de leurs pays d’ici à 2050. La majorité de la migration intérieure est temporaire et il est probable que les individus rejoindront leur domicile dès que possible, comme cela se produit souvent après des événements météorologiques extrêmes ou des catastrophes naturelles.

La migration est souvent considérée comme une incapacité à s’adapter à l’évolution de l’environnement. Mais elle peut aussi être utilisée comme stratégie proactive de résistance au changement climatique. La migration est d’ailleurs une stratégie d’adaptation traditionnellement utilisée depuis des siècles et les populations ont toujours eu recours à la migration à long terme ou à court terme pour s’adapter au stress climatique. Par exemple, les moyens de subsistance des sociétés pastorales nomades ont toujours fait de la mobilité un outil pour gérer la variabilité climatique. Pour comprendre l’utilisation de la migration induite par le climat comme stratégie de prévention et de réduction des risques climatiques, il faut partir du principe qu’elle a toujours fait partie des processus migratoires.

La migration ne doit pas toujours être considérée comme un dernier recours face aux impacts négatifs du climat ; il peut également s’agir d’une décision délibérée qui permettra aux migrants de réduire leur vulnérabilité aux impacts du changement climatique. Elle permet de diversifier les moyens de subsistance traditionnels basés sur l’agriculture : la migration donne à l’individu ou au foyer la possibilité de varier ses sources de revenu, de répartir les risques et d’envoyer de l’argent à sa famille, ce qui a pour conséquence d’améliorer la résilience dans la région d’origine.

Bien gérée, la migration volontaire peut tout à fait devenir une stratégie d’adaptation réussie. Les décideurs politiques pourraient envisager d’améliorer la capacité d’adaptation des communautés et des foyers vulnérables, par exemple, par le biais de programmes d’éducation et d’information, afin de leur permettre d’envisager la migration comme un choix éclairé.

La réinstallation planifiée doit toujours être volontaire et considérée comme un dernier recours une fois que l’adaptation sécurisée sur site et toutes les autres options ont été épuisées. Lorsqu’elle est inévitable, la réinstallation planifiée doit être conçue et mise en œuvre avec l’implication étroite de la communauté et en tenant compte de ses besoins, de ses droits et de ses aspirations de manière à réduire la vulnérabilité et à renforcer la résilience.

De manière générale, la politique internationale ne s’intéresse pas beaucoup à la migration et aux déplacements induits par le changement climatique, par les catastrophes et par d’autres causes environnementales.

Le récent regain d’intérêt international pour cette cause a toutefois culminé avec la reconnaissance des impacts du changement climatique sur la mobilité humaine qui transparaît dans le Cadre de Cancún pour l’adaptation de 2010. Le Cadre de Cancún pour l’adaptation insiste notamment sur la nécessité de comprendre, de se coordonner et de coopérer sur les questions du déplacement, de la migration et de la réinstallation planifiée induits par le changement climatique au niveau national, régional et international. En 2015, la COP21 de Paris a créé une Équipe spéciale sur les déplacements de population, en vertu du Mécanisme international de Varsovie relatif aux pertes et préjudices liés aux incidences des changements climatiques (WIM), en lui demandant de formuler des recommandations pour lutter contre les effets négatifs du changement climatique sur les déplacements de population.

Parmi les autres cadres qui visent à renforcer la résilience des populations et à réduire les effets négatifs du changement climatique sur le développement figurent notamment le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe (2015–2030), qui a été formulé avec l’aide du Bureau des Nations unies pour la prévention des catastrophes (UNDRR, anciennement UNISDR). Cet accord non contraignant s’efforce de lutter contre les catastrophes et leurs impacts, notamment les déplacements de population. Il vise, pour cela, à minimiser les impacts du climat et des catastrophes dans les pays vulnérables. Le Cadre de Sendai reconnaît, en particulier, les migrants et les personnes déplacées comme des parties prenantes clés pour planifier la réduction des risques de catastrophes.

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 insiste également sur le fait que la gestion de la migration et des déplacements de population est un facteur crucial de la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) mais n’établit pas de lien direct avec la migration induite par le changement climatique. Même si l’ODD 13.1 sur l’action climatique appelle à renforcer la résilience et la capacité d’adaptation aux risques climatiques et aux catastrophes naturelles dans tous les pays, il ne mentionne ni la migration ni les déplacements de population. Quant aux ODD, bien qu’ils reconnaissent la migration et qu’ils demandent à ce qu’elle se fasse de manière sécurisée, ordonnée et méthodique, ils n’associent pas explicitement migration et changement climatique.

L’Initiative Nansen et la Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes (PDD) sont des processus internationaux non contraignants dirigés par les États, qui luttent contre l’absence de protection pour les personnes déplacées vers d’autres pays par les catastrophes liées au changement climatique. L’Initiative Nansen était un processus consultatif ascendant qui a impliqué différentes parties prenantes dans l’élaboration de recommandations et qui a conduit à l’élaboration et à la validation de l’Agenda pour la protection des personnes déplacées au-delà des frontières (Agenda pour la protection). La Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes (PDD) joue un rôle de coordination pour aider les États à pallier le manque de connaissances, à promouvoir la cohérence politique et à intégrer la mobilité humaine dans la formulation des politiques. Phase de suivi de l’Initiative Nansen, elle avait également pour tâche de mettre en œuvre les recommandations de l’Agenda pour la protection. Ce dernier identifie trois domaines d’action prioritaires : recueillir des données et consolider les connaissances ; accroître l’utilisation de mesures de protection humanitaire ; et renforcer la gestion des risques de déplacements liés aux catastrophes dans le pays d’origine (par exemple, en facilitant la migration digne comme moyen positif potentiel de gérer les catastrophes et les impacts climatiques et en améliorant l’utilisation de la réinstallation planifiée comme mesure de prévention ou de réponse aux risques de déplacement des populations lié aux catastrophes).

Ancré dans l’Agenda 2030 et dans la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants, le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (Pacte mondial sur les migrations) est peut-être le cadre intergouvernemental le plus complet puisqu’il couvre toutes les dimensions de la migration, y compris la migration induite par le climat. Même si le Pacte mondial sur les migrations est volontaire et non contraignant, ses objectifs reconnaissent l’évolution des conditions socio-économiques et environnementales et les implications de cette évolution sur la migration.

Au nom du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), le programme mondial de la GIZ « Mobilité humaine dans le contexte du changement climatique » (PM MHCCC) s’efforce d’aider ses partenaires à gérer et à mieux comprendre les interconnexions complexes et multicausales entre les différentes formes de mobilité humaine et le changement climatique, particulièrement dans les petits atolls et les États insulaires du Pacifique, des Caraïbes et des Philippines, mais aussi en Afrique subsaharienne. En collaboration avec des partenaires nationaux et régionaux, des organisations non gouvernementales et des universités, le PM MHCCC favorise les échanges entre tous les acteurs concernés. Il s’efforce d’améliorer les connaissances appliquées portant sur la gestion durable de la mobilité humaine liée au changement climatique dans les régions partenaires.

Avec une augmentation de ses effects néfastes, le changement climatique continuera à avoir des impacts significatifs sur la mobilité humaine et une influence majeure sur les décisions des populations de quitter leurs domiciles. Ces impacts comprennent notamment la perte de terres et de moyens de subsistance et des dommages lourds et récurrents aux infrastructures. Dans certains cas, ils peuvent impliquer une perte d’intégrité territoriale, de souveraineté, d’identité et de culture. Même si l’ensemble des négotiations de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques reconnaît, dans le Cadre de l’adaptation de Cancún, la migration induite par le climat comme une stratégie d’adaptation efficace, les cadres politiques internationaux existants ne fournissent pas suffisamment d’assistance et de protection aux populations qui se déplacent en raison des effets du changement climatique. Par exemple, la Convention de Genève relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967 ne reconnaissent pas le changement climatique comme un motif d’octroi du statut de réfugié. En outre, au niveau national, il existe très peu d’exemples de cadres juridiques offrant une protection aux « migrants climatiques » et appuyant leur réinstallation dans le respect de leurs besoins. Actuellement, les gouvernements et les organisations régionales des pays les plus touchés par le changement climatique, ainsi que la coopération internationale au développement, n’ont pas suffisamment de connaissances et d’expérience pour élaborer une approche de la mobilité humaine liée au changement climatique qui soit axée sur le développement. Un des principaux problèmes réside dans le manque de preuves empiriques pouvant expliquer à quel degré, où, pourquoi et sur quelle durée la mobilité humaine aura lieu et à quoi les scénarios futurs pourraient ressembler. La plupart des méthodes de recherche existantes ne parviennent pas à rendre compte avec précision de la complexité des décisions de migration. Des modèles de migration climatique améliorés et plus complets sont nécessaires pour combler ces lacunes. Il est donc crucial, pour réussir à élaborer de tels scénarios d’impacts climatiques, de collecter des données sur les flux migratoires passés et présents.

La planification de l’avenir et l’élaboration de mesures d’adaptation et de réponses politiques stratégiques et efficaces nécessitent donc de plus amples travaux de recherche et une meilleure modélisation afin de mieux comprendre les différents schémas de mobilité et leurs liens avec les chocs et les facteurs de stress induits par le climat.

D’autres informations sur des exemples pratiques [ajouter un hyperlien] d’activités liées à la migration et au changement climatique ainsi que différentes publications [ajouter un hyperlien] sont disponibles sur ce site Internet. Voir également les sites Internet et les publications clés ci-dessous :