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L’adaptation fondée
sur les écosystèmes

Travailler en harmonie avec
la nature pour s’adapter
au changement climatique

L’EbA fait appel à la gestion, la conservation et la restauration durables des écosystèmes pour offrir des services permettant aux populations de s’adapter aux impacts du changement climatique. C’est un concept centré sur les personnes, mais qui reconnaît que la résilience humaine dépend grandement de la santé des écosystèmes.

L’adaptation fondée sur les écosystèmes (EbA) est une solution « naturelle » qui prend une importance considérable dans le contexte de la lutte contre le changement climatique (p. ex. Accord de Paris de la CCNUCC, contributions déterminées au niveau national, plans nationaux d’adaptation) et des politiques de conservation de la biodiversité (p. ex. Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020, Objectifs d’Aichi). Ce qui fait l’originalité de l’EbA, c’est qu’elle associe les approches traditionnelles de conservation de la biodiversité et des écosystèmes à un développement socioéconomique durable dans le cadre d’une stratégie globale visant à aider les populations à s’adapter au changement climatique. L’EbA est un concept axé sur les personnes, mais qui reconnaît que la résilience humaine est fortement tributaire de l’intégrité des systèmes.

 Dans un contexte d’engagements politiques et de financements croissants, il est indispensable de préciser ce qu’on entend par EbA. Le cadre de définition des critères de qualification et des normes de qualité identifie 3 éléments et 5 critères de qualification.

Les approches écosystémiques d’adaptation au changement climatique (et de réduction des risques de catastrophe, éco-RRC) font appel aux services écosystémiques pour aider les populations à s’adapter au changement climatique et réduire les risques de catastrophe. Il faut pour cela gérer, conserver et restaurer les écosystèmes et la biodiversité de façon durable. Les écosystèmes offrent des services essentiels à la société, notamment des services de régulation et de soutien qui aident les populations à s’adapter aux risques et à les réduire : des récifs coralliens intacts et la végétation côtière peuvent atténuer l’action des vagues et protéger les côtes de l’érosion ; les tourbières, les marécages et les plaines inondables constituent des zones tampons contre les inondations et la rareté de l’Eau ; les montagnes et les pentes boisées peuvent stabiliser les sédiments et protéger contre les glissements de terrain.

Les écosystèmes peuvent également prolonger la durabilité et la durée de vie des ouvrages d’infrastructure, et ainsi protéger les investissements réalisés dans les défenses artificielles (solutions hybrides) – par exemple la restauration des marais salants adjacents à des digues marines (Voluntary guidelines for EbA/Eco-DRR) – directives volontaires pour l’EbA / l’éco-RRC). Une étude réalisée au Vietnam montre que la réhabilitation des mangroves au niveau des villages génère des bénéfices financiers significativement plus élevés, grâce à la réduction des risques et à l’utilisation des ressources naturelles (2,3 millions USD sur 20 ans), que la construction de digues (seulement 0,5 million USD) (Köhler and Michaelowa, 2013). Des études réalisées à l’échelle mondiale ont montré que la restauration et la conservation des écosystèmes sont généralement rentables. Le rapport coût-bénéfice du retour sur investissement de la réhabilitation des écosystèmes peut osciller entre 3 et 75, comparativement au préjudice économique des pertes écosystémiques (PNUE, 2010).

Outre l’adaptation et la réduction des risques, les mesures d’EbA offrent des
(co-)avantages environnementaux, économiques et sociaux supplémentaires. Elles sont souvent qualifiées d’options à faible regret ou sans regret car elles peuvent présenter des avantages indépendamment des incertitudes des projections climatiques. La restauration des mangroves, par exemple, peut stabiliser les sédiments et protéger les côtes. Simultanément, les mangroves restaurées constituent de nouveaux habitats ou de plus vastes habitats pour les poissons et d’autres espèces qui, à leur tour, améliorent les moyens de subsistance. L’EbA, ainsi que l’éco-RRC, peuvent également améliorer la biodiversité et la conservation de la nature. De plus, elles peuvent contribuer à la réalisation des objectifs d’atténuation du changement climatique via : i) la conservation ou la restauration des forêts et de la végétation côtière, et la réhumidification des tourbières asséchées, pour réduire les émissions de C02 ; ii) la réduction de la déforestation et de la dégradation des terres, y compris le drainage des tourbières, qui contribue à limiter les émissions de gaz à effet de serre (Duarte et al., 2013; Busch et al., 2015).

Le changement climatique menace les écosystèmes, ainsi que les services qu’ils offrent, et met en péril le développement humain à l’échelle mondiale. L’objectif final de l’intégration des approches fondées sur les écosystèmes est de faire en sorte que l’EbA (et la réduction des risques de catastrophe fondée sur les écosystèmes, éco-RRC) soit la pratique de développement standard afin d’éviter et, éventuellement, de gérer les risques climatiques actuels et futurs. Cela veut dire « agir autrement compte tenu du changement climatique » et nécessite l’intégration de l’adaptation fondée sur les écosystèmes et la réduction des risques dans les décisions de développement, à tous les niveaux et dans toutes les zones à risque.

Compte tenu de l’expérience opérationnelle accumulée dans le monde entier dans la promotion de l’adaptation (fondée sur les écosystèmes), le cadre de la GIZ pour l’intégration de l’EbA adopte une approche itérative en six étapes (appelée cycle d’intégration de l’adaptation, voir diagramme ci-dessous). Il inclut les éléments de l’intégration et fournit les outils et les méthodes pouvant être utilisés à chaque étape. Cette orientation est conforme aux Directives volontaires pour la conception et la mise en œuvre efficace d’approches fondées sur les écosystèmes pour l’adaptation au changement climatique et pour la réduction des risques de catastrophe (Voluntary guidelines for the design and effective implementation of ecosystem-based approaches) pour l’adaptation au changement climatique et la réduction des risques de catastrophe élaborées, sur demande, lors de la conférence des parties (COP) de la CDB, dans sa décision XIII/4. La GIZ a contribué à l’élaboration des lignes directrices.

Le cycle d’intégration de l’adaptation.

Étape 1 : l’utilisation d’un prisme climatique et écosystémique peut faciliter la définition du contexte de l’intégration de l’EbA, comme la définition du problème (p. ex. le manque d’eau), l’identification du système concerné (p. ex. un bassin versant, un secteur ou une politique), et la connaissance des interactions entre les systèmes humains et naturels.

Étape 2 : une évaluation de la vulnérabilité ou des risques climatiques sert de base à la planification de l’adaptation. Les évaluations doivent être réalisées de manière inclusive en tenant compte des sources de connaissances locales et des interdépendances entre les systèmes sociaux, écologiques et économiques. Le Guide sur la vulnérabilité (Risk and Vulnerability Sourcebook) de la GIZ donne des conseils pour la réalisation de telles évaluations.

Étapes 3 et 4 : sur la base de l’évaluation des risques climatiques, l’identification et la sélection de mesures d’EbA appropriées peuvent s’appuyer sur l’efficacité potentielle, les co-avantages, l’adhésion des parties prenantes, la faisabilité et d’autres critères. Les instruments qui soutiennent ce processus sont l’analyse coûts-bénéfices et l’analyse multicritères qui doivent être réalisées de manière participative.

Étape 5 : la mise en œuvre nécessite une planification rigoureuse, par exemple sur la base d’une théorie du changement, et l’engagement d’un personnel approprié. Des mécanismes de coordination avec les partenaires gouvernementaux et d’autres acteurs doivent mis en place.

Étape 6 : un système de suivi et d’évaluation doit être élaboré sur la base de quatre considérations clés, à savoir l’objectif du S & E, les informations concernées, le public ciblé et les ressources disponibles. Un guide de conception de systèmes de S & E pour les mesures d’EbA a été co-élaboré par la GIZ.

CCNUCC et Accord de Paris : les approches fondées sur les écosystèmes sont une solution prometteuse pour l’adaptation durable et efficace au changement climatique. L’EbA englobe des politiques et des mesures qui tiennent compte du rôle des services écosystémiques dans la réduction de la vulnérabilité sociétale grâce à des approches multisectorielles et multi-niveaux. L’Accord de Paris exige des signataires qu’ils planifient et mettent en œuvre l’adaptation par l’intermédiaire du plan national d’adaptation (PNA), avec des évaluations et un suivi de la vulnérabilité. Le processus du PNA est un important point d’entrée pour l’EbA car il vise à intégrer l’adaptation au changement climatique dans les décisions de développement et les investissements dans le développement. Il peut également constituer l’épine dorsale de la mise en œuvre de la composante « adaptation » d’une contribution déterminée au niveau national (CDN). Certaines CDN font explicitement état de l’EbA, alors que d’autres renvoient aux services écosystémiques comme moyens d’adaptation. Il existe au moins trois moyens de tenir compte de la biodiversité et des services écosystémiques, et par conséquent de l’EbA, dans le processus du PNA :

  • Tenir compte du changement climatique dans la planification de la conservation : les objectifs de conservation sont-ils menacés par le changement climatique ?
  • Tenir compte des mesures d’EbA lors de l’évaluation des impacts du changement climatique et des options d’adaptation : quand appliquer les mesures d’EbA (par rapport aux mesures infrastructurelles « grises ») ?
  • Tenir compte des sauvegardes environnementales pour les mesures d’adaptation : les impacts des mesures d’adaptation sur les écosystèmes sont-ils pris en compte ?

Pour de plus amples informations, le document Briefing Paper on Entry points for EbA mainstreaming: National Adaptation Plans & Nationally Determined Contributions sera bientôt disponible.

CDB – Convention sur la diversité biologique : la CDB joue un rôle fondamental pour toutes les approches fondées sur la nature. La cohérence des politiques nationales et l’harmonisation des rapports sur les conventions peuvent considérablement améliorer l’adoption de l’EbA au niveau national et international. Les mesures politiques respectives doivent également se traduire par une planification et une mise en œuvre infranationales. Les stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB) sont les principaux instruments de mise en œuvre de la convention au niveau national (CDB, article 6). À ce jour, pour intégrer les questions de biodiversité dans les secteurs clés des SPANB, l’accent a été mis sur l’amélioration des résultats environnementaux et sur la réduction des impacts environnementaux. Toutefois, l’intégration de la biodiversité par l’intermédiaire des SPANB peut également donner lieu à d’importants résultats liés à l’adaptation au changement climatique et à son atténuation, à la réduction de la pauvreté, à l’amélioration de la santé et du bien-être, et à une plus grande équité sociale.

Pour de plus amples informations, le document Briefing Paper on Entry points for EbA mainstreaming: Synergies of the Rio Conventions with Ecosystem- based Adaptation sera bientôt disponible.

Stratégie internationale de prévention des catastrophes (SIPC) des Nations unies et Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe : les concepts et pratiques de l’EbA et de la réduction des risques de catastrophe fondée sur les écosystèmes (éco-RRC) ont été élaborés et affinés ces dernières années ; ce sont aujourd’hui des approches intégrées visant à réduire les risques liés au climat et d’autres types de risques. Ces approches soulignent l’importance de la biodiversité et des écosystèmes dans la réduction des risques, et s’appuient sur d’autres pratiques telles que la conservation et la restauration des écosystèmes, qui cherchent à améliorer la résilience des écosystèmes au profit des populations. L’éco-RRC fonctionne conformément au Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030 qui encourage les « approches écosystémiques …pour renforcer la résilience et réduire les risques de catastrophe ». L’EbA et l’éco-RRC entrent dans le cadre d’une approche transversale pluridisciplinaire. La coopération entre les deux domaines permet d’obtenir de meilleurs résultats en termes d’accroissement de la résilience. Le partage des connaissances et de l’apprentissage, le renforcement des capacités et une plus grande capacité à concevoir des interventions offrant des avantages multiples ne sont que quelques-unes des options permettant d’améliorer la résilience.

Pour de plus amples informations, voir les directives volontaires pour la conception et la mise en œuvre efficace d’approches fondées sur les écosystèmes pour l’adaptation au changement climatique et pour la réduction des risques de catastrophe (Voluntary guidelines for the design and effective implementation of ecosystem-based approaches to climate change adaptation and disaster risk reduction)

Objectifs de développement durable (ODD) : les ODD sont un appel universel à agir pour mettre un terme à la pauvreté, protéger la planète et garantir la paix et la prospérité pour tous. De nombreux ODD sont directement liés à la santé et la diversité biologique des écosystèmes, ainsi qu’aux services qu’ils offrent. Souvent, les segments les plus défavorisés et marginalisés de la société dépendent énormément des écosystèmes pour subvenir à leurs besoins. L’EbA peut offrir des solutions durables, résilientes au climat et fondées sur la nature, qui couvrent bon nombre des problèmes mondiaux auxquels les ODD s’adressent, en optimisant les synergies et en réduisant les compromis.

Pour de plus amples informations, le document Briefing Paper on Entry points for EbA mainstreaming: Ecosystem-based approaches and the Sustainable Development Goals sera bientôt disponible.