Renforcer la résilience grâce à un meilleur accès au financement de l’adaptation
Financement pour renforcer la résilience
Le financement de l’adaptation joue un rôle crucial dans le renforcement de la résilience, en particulier dans les pays en développement, qui sont souvent les plus touchés par les effets du changement climatique mais disposent de moins de ressources pour y faire face. Pourtant, la part du financement climatique consacrée à l’adaptation reste très faible par rapport au financement total, alors même que les besoins ne cessent d’augmenter. Il est donc essentiel d’accroître les financements dédiés à l’adaptation et d’en améliorer l’accès.
Bien qu’il n’existe pas de définition universelle du financement de l’adaptation, celui-ci peut être compris comme un financement destiné à soutenir des activités visant à réduire les risques physiques liés au climat auxquels sont confrontés les pays et les communautés vulnérables. Il englobe les flux financiers des pays développés vers les pays en développement, ainsi que les ressources nationales et les financements issus du secteur privé, notamment la philanthropie, les entreprises et les institutions financières.
Le changement climatique affecte déjà la vie de populations à travers le monde entier. Les inondations, les sécheresses, les vagues de chaleur extrême et les tempêtes pèsent sur les moyens de subsistance et accentuent la nécessité de s’adapter à ces bouleversements. Or, pour anticiper ces impacts et en réduire les risques, des financements sont indispensables, en particulier dans les pays vulnérables.
Les estimations relatives aux besoins en financement de l’adaptation varient selon les définitions retenues. D’après le rapport Global Landscape of Climate Finance Report, les besoins annuels en financement de l’adaptation dans les économies de marché émergentes et les pays en développement (EMED) s’élèvent à 222 milliards de dollars américains par an entre 2024 et 2030. D’autres estimations convergent dans le même sens, soulignant la nécessité d’accroître le financement de l’adaptation à l’échelle mondiale.
Pour combler cet écart, tous les acteurs doivent jouer leur rôle. Mais investir dans l’adaptation climatique n’est pas seulement une nécessité : c’est aussi une formidable opportunité économique et sociale. Pour les pays, cela peut stimuler la croissance : les pays les plus vulnérables aux impacts climatiques et naturels pourraient voir leur PIB augmenter jusqu’à 15 points de pourcentage d’ici 2050 par rapport aux politiques actuelles [(Banque mondiale, 2024)]. Pour les entreprises, le marché mondial de l’adaptation et de la résilience climatique pourrait atteindre entre 500 milliards et 1 300 milliards de dollars d’ici 2030, ouvrant d’immenses perspectives d’investissement et d’opportunités d’innovation [(BCG & Temasek, 2025)]. Ce constat est renforcé par des données probantes montrant que chaque dollar investi dans l’adaptation génère plus de 10 dollars de bénéfices, sous forme de pertes évitées, de gains économiques et de co-bénéfices sociaux et environnementaux plus larges [(World Resources Institute, 2025)].
Malgré l’urgence croissante des impacts climatiques, le financement de l’adaptation demeure très en deçà des besoins estimés, en particulier dans les pays les plus vulnérables. L’intensification du financement de l’adaptation en faveur des pays en développement se heurte à une série d’obstacles économiques, institutionnels et techniques étroitement liés. Parmi ceux-ci figurent le faible potentiel générateur de revenus des investissements d’adaptation, la perception élevée des risques et l’incertitude qui en découle, la complexité et la fragmentation des architectures de financement, la faiblesse des capacités institutionnelles, ainsi que les difficultés à mesurer et à démontrer les résultats de l’adaptation. Conjugués, ces obstacles érodent la confiance des investisseurs, limitent l’accès aux fonds climatiques disponibles et entravent la constitution de portefeuilles solides de projets d’adaptation bancables, empêchant ainsi les financements d’atteindre les communautés et les secteurs qui en ont le plus besoin.
Des incitations financières insuffisantes Les projets d’adaptation restent très dépendants des financements publics et concessionnels (notamment les dons et les prêts bonifiés), car ils génèrent généralement des bénéfices sociaux et environnementaux larges, mais ne produisent pas de rendements financiers suffisamment élevés ou directs. Dans un contexte de fortes pressions sur les finances publiques dans de nombreux pays, liées aux chocs macroéconomiques mondiaux, les ressources publiques sont limitées. Les besoins en adaptation étant particulièrement élevés dans les pays les plus vulnérables, la mobilisation de financements supplémentaires s’avère indispensable. Cependant, les investisseurs privés peinent à évaluer la viabilité commerciale des projets d’adaptation. En conséquence, ces projets sont perçus comme plus risqués que les projets d’atténuation, ce qui rend incontournables le renforcement des approches public-privé (telles que la finance mixte) et la mise en place de mécanismes de partage des risques pour amplifier le financement de l’adaptation et mobiliser les capitaux privés.
Des systèmes institutionnels et de financement complexes
L’architecture de financement de l’adaptation peut s’avérer complexe et fragmentée, faisant intervenir de multiples sources et intermédiaires, chacun doté de ses propres critères et procédures. La lourdeur et la technicité des processus de candidature, d’accréditation et de reporting rendent l’accès aux fonds disponibles particulièrement difficile pour de nombreux pays en développement, notamment ceux touchés par des conflits ou des situations de fragilité, ainsi que pour les acteurs locaux. Par ailleurs, les projets d’adaptation étant souvent très contextuels, leur réplication est malaisée, ce qui complique d’autant plus la préparation des dossiers.
De plus, les structures de gouvernance des pays bénéficiaires peuvent constituer un frein à l’accès au financement de l’adaptation. L’absence d’intégration de l’adaptation dans les plans nationaux de développement, les systèmes d’investissement public ou les politiques sectorielles réduit les incitations à accorder la priorité à la résilience et à la financer. Par ailleurs, des dispositifs institutionnels fragmentés, où les responsabilités sont réparties entre de multiples acteurs, peuvent engendrer des difficultés de coordination.
Défis liés aux données, aux connaissances et à la préparation des projets
La préparation de projets d’adaptation constitue souvent un défi en soi. Alors que les réductions d’émissions issues de l’atténuation peuvent être quantifiées en tonnes de CO₂ évitées, le succès des mesures d’adaptation dépend dans une large mesure des pertes évitées ou de l’accroissement de la résilience, des résultats moins tangibles et plus difficiles à comparer. Les mesures d’adaptation étant très spécifiques au contexte, leur réplication n’est pas aisée, et les pays en développement éprouvent souvent des difficultés à accéder à des données climatiques fiables et actualisées pour leurs régions. Ces données sont pourtant indispensables pour démontrer que le projet cible bien des enjeux climatiques, et non de simples objectifs de développement général. Les Évaluations des Risques Climatiques (ERC) permettent d’identifier la nature et l’ampleur des dommages que le changement climatique et ses impacts pourraient causer à un pays, une région, un secteur ou une communauté. La quantification et l’évaluation du risque climatique (résultant de l’interaction entre vulnérabilité, exposition et aléa) sont essentielles pour éclairer la prise de décision et la planification prospective. Ainsi, l’identification des risques et impacts actuels et futurs sur les populations, les actifs et les écosystèmes peut contribuer à orienter les ressources de manière appropriée, à concevoir des politiques et des projets d’adaptation visant à réduire la vulnérabilité et les risques, et à établir une valeur de référence permettant de suivre l’efficacité des politiques et des actions d’adaptation.
Pour qu’un projet d’adaptation puisse bénéficier d’un financement, une justification climatique claire est indispensable. Les fonds climatiques internationaux, tels que le Fonds vert pour le climat (FVC), exigent souvent une justification climatique solide afin de s’assurer que les financements ciblent véritablement la lutte contre le changement climatique.
La justification climatique explique en quoi une mesure ou un investissement proposé est directement lié au changement climatique. Elle démontre que la mesure répond à des risques ou des vulnérabilités climatiques spécifiques, et non à de simples besoins de développement général.
Une justification climatique solide doit :
Dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), les pays développés se sont engagés à soutenir les pays en développement dans leurs efforts d’adaptation. L’Accord de Paris a réaffirmé cet engagement, tout en encourageant les contributions volontaires d’autres parties et en soulignant la nécessité de mobiliser des financements auprès d’une grande diversité de sources. Dans l’octroi de ces ressources financières, un équilibre entre adaptation et atténuation doit être recherché.
Les Contributions déterminées au niveau national (CDN) et les processus des Plans nationaux d’adaptation (PNA) jouent un rôle primordial dans le financement de l’adaptation. Par le biais des CDN, les pays expriment leurs priorités en matière d’adaptation, qui servent ainsi de base à l’identification des besoins de financement correspondants. Pour les processus PNA, le financement de l’adaptation est crucial pour garantir leur efficacité et leur caractère inclusif. Des financements sont nécessaires tout au long du processus, de la formulation à la mise en œuvre. Les documents PNA constituent des outils essentiels pour recenser les lacunes de financement de l’adaptation, explorer les options de financement et définir des démarches concrètes pour accéder aux ressources et les mobiliser.
Des analyses montrent que la plupart des PNA comprennent des chapitres ou des sections spécifiques consacrés au financement de l’adaptation. L’établissement d’un cadre solide pour la hiérarchisation des mesures d’adaptation dans le cadre des processus PNA contribue à garantir que les ressources disponibles sont orientées vers les actions les plus urgentes et à fort impact, maximisant ainsi l’efficacité des efforts d’adaptation. Une hiérarchisation claire offre également une feuille de route structurée pour la mise en œuvre et renforce la coordination en matière de mobilisation du financement de l’adaptation. L’articulation entre les processus PNA et les CDN améliore par ailleurs l’accès aux financements, tout en évitant les doublons et en optimisant l’utilisation des ressources.
L’identification des priorités de financement de l’adaptation requiert une approche structurée et fondée sur des données probantes, tenant compte à la fois de l’efficacité des mesures et des sources de financement les plus appropriées. Une étape clé consiste à réaliser une analyse coûts-bénéfices (ACB), qui met en regard les coûts socio-économiques et environnementaux d’une mesure avec ses bénéfices attendus, tels que les coûts évités et les gains de productivité. Les mesures dont les bénéfices excèdent les coûts sont considérées comme économiquement viables et doivent être prioritaires. La hiérarchisation implique également d’évaluer l’urgence, les co-bénéfices potentiels, la capacité de passage à l’échelle et l’alignement avec les objectifs d’adaptation nationaux ou locaux, tels que les PNA. En outre, les décideurs doivent prendre en compte la diversité des sources de financement (publiques nationales, bilatérales, multilatérales, secteur privé) afin de garantir la durabilité du financement et son adéquation au type d’intervention.
Les mesures d’adaptation identifiées peuvent également être évaluées à une échelle plus large, à l’échelle du système, grâce à la modélisation macroéconomique, qui aide à démontrer la valeur économique globale de l’adaptation pour les décideurs politiques. Pour plus de détails, se référer à la thématique « Économie de l’adaptation climatique ».
L’accroissement du financement privé pour l’adaptation passe par la création d’incitations appropriées, la réduction des risques d’investissement et l’amélioration de la préparation des projets. Les gouvernements et les partenaires de développement peuvent encourager l’investissement privé en proposant des instruments de réduction des risques tels que les garanties, les assurances et les mécanismes de finance mixte combinant fonds publics et privés – notamment dans les domaines où les rendements financiers ne sont pas encore suffisamment attractifs pour le secteur privé. Des cadres politiques clairs et stables, associés à des stratégies d’adaptation bien définies, contribuent à renforcer la confiance des investisseurs et à témoigner d’un engagement durable en faveur de la résilience climatique. Le renforcement du portefeuille de projets d’adaptation « bancables », grâce à l’assistance technique, aux études de faisabilité et à des structures financières transparentes, rend les opportunités d’investissement plus attractives pour les acteurs privés. Des incitations financières, notamment des avantages fiscaux ou des prêts concessionnels, peuvent en outre stimuler l’engagement dans des secteurs où les rendements sont incertains. Par ailleurs, l’amélioration de l’accès à des données fiables sur les risques climatiques et leurs impacts facilite une meilleure prise de décision, tandis que le développement de partenariats public-privé permet de tirer parti des atouts propres à chacun des deux secteurs. Conjuguées, ces mesures peuvent mobiliser des financements privés substantiels pour soutenir et amplifier les efforts d’adaptation climatique.
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